Racontez-nous vos 20 ans à Lille !

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Un premier texte : Reçu de Solange Dumont, « j’avais 20 ans en 1944 ».

Quand je suis arrivée rue d’Austerlitz j’avais moins deux mois, venue au monde à sept mois, je n’en ai, évidemment aucun souvenir. Ma mère avait eu très peur de me perdre, mais depuis quatre vingt douze ans, je suis toujours là..

Mes premiers mois je les ai passés nichée dans du coton, au coin du feu. Les couveuses n’existaient pas encore ou alors pas pour les enfants de Wazemmes. Mes premiers vrais souvenirs datent d’un peu plus tard !

Dans la cour Acart de la rue d’austerlitz

il n’y avait que de petites gens, mais tout le monde était correct, ce qui n’était pas le cas dans toutes les cours du quartier. Un seul point d’eau pour tous, un seul cabinet, fallait s’organiser. Deux vieilles religieuses y vivaient oubliées de tous, et de la hiérarchie catholique, subsistant tant bien que mal, de la pitié généreuse des voisins et de travaux de couture. La maison d’angle, c’était Lulu et Germaine, pour eux j’étais la petite fille qu’ils n’avaient pas eue. A côté : nous, mes grands parents, mes parents, mon oncle, un gros chien noir et à côté un jeune couple et leur bébé. Les femmes ne se rencontraient que le samedi matin à la pompe, c’était jour de lessive et de papotages.. En semaine, tout le monde partait très tôt et rentrait tard du travail. Dans la rue, il y avait aussi Blanche Prune, mère prolifique, célibataire,  entourée d’une flopée de gosses, tous de pères différents. Quand un de ses amants s’annonçait, elle mettait toute sa tribu à la rue. Ma grand mère, les recueillait le temps qu’il fallait, en lui lançant un chapelet d’injures en flamand, car elle était originaire de Bruges. Le café Philomène, c’était le rendez vous des hommes qui sortaient de l’usine et de toute la rue le dimanche. Un noir vivait au premier étage, avec sa petite fille qui s’appelait Solange, comme moi.

Il était veuf, sérieux et travailleur, mais personne ne lui parlait sauf mon père. Il n’était pas comme nous alors il nous faisait peur. Un jour, on apprit dans le journal qu’il avait gagné une « grosse somme » à la loterie. Le lendemain, il quittait la rue sans dire un mot, sous les murmures malveillants des voisins. « égoïste, pense même pas aux amis. etc… ». On ne les a jamais revus. à l’angle de la rue d’Iéna, c’était un café à part, comme disait mon père. La patronne avait une grande et belle fille, toujours bien habillée, parfumée et maquillée. De temps en temps, elle venait voir sa mère, accompagnée par un monsieur très chic, au volant d’une belle voiture. Elle était gentille et ne quittait jamais la rue sans distribuer aux enfants des pièces de cinq sous. On disait qu’elle travaillait rue de l’ABC. Un jour, à table, j’ai dit que moi aussi j’irai travailler rue de l’ABC pour avoir de jolies robes. « Si tu fais ça j’irai te rechercher à coup de triques » avait répondu mon père. Plus tard, j’ai su ce qu’on y faisait dans cette fameuse rue, j’étais terrifiée. Mon père travaillait à l’usine à gaz, ma mère et ma grand mère chez Faucheur et mon grand père, qui avait été tailleur de pierre Compagnon du Devoir, était à l’époque livreur de bières. J’allais à « l’école à brun » celle des sœurs de la rue d’Eylau. Celle des petits qui s’oubliaient souvent dans leur culotte. École privée, mais gratuite, c’était tout à coté! C’est loin tout ça, on n’était pas riche, on vivait en bonne entente, tout compte fait, on était heureux. C’était l’ancien Wazemmes, mais ça n’a pas beaucoup changé.

Racontez nous vos vingt ans à lille.

Il y a une quinzaine d’années, le Club des Ambassadeurs de Wazemmes sous l’initiative de Pierre Potié avait demandé aux habitants de Wazemmes de raconter leurs 20 ans Françoise Quennelle et Les Amis de la Gazette de Lille ont décidé de reprendre le flambeau.

Notre histoire, c’est la vôtre, plus celle de votre voisine et celle du boucher, du maraîcher, de Frédérique le postier, d’Albert le policier municipal, de la petite Marjorie la couturière, Abdel, du bar tabac et Akim et puis José, Antonio, John et Mamadou.

LA GAZETTE DE LILLE
25 rue du Président Paul
Doumer. 59493 Villeneuve d’Ascq.
ou
CLUB DES AMBASSADEURS DE WAZEMMES
26 rue Jules Guesde. Lille.

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