Anarchic System

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Comment rester de marbre face à ces tenues de cuir moulantes ? Ces cols zippés entrouverts ? Ces coiffures audacieuses, panachées de toutes les utilisations possibles du fer à friser ? Certaines pochettes de disques font saigner les yeux, mais un dénicheur de vinyle aventureux sait que, parfois, celles-ci cachent un contenu attractif…

Chacun pourra penser ce qu’il voudra, au moins la couverture de l’album « Generation » d’Anarchic System a le mérite de retenir l’attention ! Cet album de 1975 n’est pas le premier fait d’armes de ce groupe formé à Lille. Remontez le temps jusqu’à 1972 et découvrez comment 5 musiciens issus de diverses formations du Nord (telles que Lynx, Medium, Try Again, Domino ou Ikebana) se sont rencontrés au studio de Paul De Senneville, directeur de la maison DiscAZ. Les années 70 sont particulièrement animées et les producteurs se battent alors pour faire jaillir du chaudron musique les tubes qui resteront aux premières places des hits parades.

En bon gestionnaire et également compositeur, Paul De Senneville s’associe avec Olivier Toussaint pour lancer la carrière de nombreux artistes, en produisant des tubes en série. De là à dire qu’Anarchic System ne serait qu’un groupe monté de toutes pièces à des fins commerciales ? Il n’y aurait qu’un pas à faire pour franchir la ligne rouge.

Toujours est-il que le premier single, la reprise du titre « Pop corn » du groupe Hot Butter est un succès. Il fallait avoir l’audace ou la folie  pour placer des paroles sur un single à la base uniquement instrumental ! Anarchic System tente le coup et le public suit : 700.000 exemplaires de cet étonnant mélange rock/électronique psychédélique sont vendus avec une première place aux hits parade de Belgique. La carrière du groupe est lancée. Suivront ensuite 3 albums et une dizaine de singles, dont le scandaleux « Carmen Brasilia » plagia avoué de la musique de « Popcorn ». Le duo de production De Senneville / Toussaint ne s’arrête pourtant pas en si bon chemin. Il conserve la main sur toutes les premières compositions et travaille aussi sur l’image de leurs protégés.  Les musiciens apparaissent souvent  de cuir vêtus, chevauchant de grosses américaines, des drapeaux étoilés qui fleurissent un peu partout, des textes en anglais. Voilà ce que présentent la plupart des pochettes, avec l’idée marketing à peine voilée de faire croire au public l’apparition d’un nouveau groupe en provenance des Etats-Unis. Bien tenté, mais vous êtes bien en train d’écouter une formation française, comme en atteste une musique beaucoup moins anarchique et plus sage.

Les titres de la formation nordiste surfent ainsi sur les vagues en vogue : le côté électronique et le son typique du clavier Moog s’agrémentent d’apports tantôt disco, tantôt légèrement psychédélique, parfois glam mais globalement rock. Il faudra attendre 1977 pour voir Anarchic System imposer ses premières compositions, tel que le titre « Goody Lady ». Mais, alors qu’une ouverture se précise vers un changement de label et une signature chez la maison Decca, le projet avorte et la carrière des lillois stoppe net. Oserez-vous l’aventure Anarchic System ? Vous trouverez dissimulés sous le drap épais du business musical des musiciens sachant tout de même jouer avec une petite pointe de regret sur le fait qu’ils n’ont jamais pu réellement s’exprimer pleinement.

SYLVAIN
NOTES EN BULLES – Disquaire – Libraire
172 rue Solférino 59000 lille – Tél : 03 66 96 01 12 – www.notesenbulles.fr

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