De la ville médiévale à celle du XXIe siècle

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L’histoire du Quartier Saint-Sauveur

Martine et Jean Pattou, se sont toujours intéressés au Vieux Quartier de Saint-Sauveur et à son aménagement qui, apparemment, n’est pas terminé. Ils, habitent le Vieux Lille, un quartier historique qui, malgré son évolution opposée, n’est pas sans rappeler le Vieux quartier Saint-Sauveur.

Architectes l’un et l’autre, ils ont suivi attentivement les transformations de cette zone urbaine. Ils nous livrent quelques pistes de réflexion sur cette évolution.
Actuellement, on désigne par « Saint-Sauveur » une zone plus étendue que celle de l’ancienne paroisse. Elle va de la rue de Béthune à la gare Saint-Sauveur et inclura probablement demain la friche de 23 ha qui va jusqu’à la porte de Valenciennes.

Jean Pattou a travaillé de nombreuses années à l’OREAM (Organisme régional d’étude et d’aménagement d’aire métropolitaine), une structure qui a proposé les schémas des grands équipements urbains de ces dernières années (ligne TGV passant par Lille, gare Lille-Europe, quartier Euralille etc.) On peut difficilement l’accuser d’être un ennemi du changement puisqu’il était rétribué pour l’imaginer. Cependant, il se demande si les urbanistes des années 1950 – 1960 n’ont pas eu la main lourde avec le quartier Saint-Sauveur. « La rue de Paris, comme la rue Saint-Sauveur, étaient de très belles rues bordées de très belles maisons », se souvient-il. « Beaucoup auraient mérité d’être sauvegardées. Les blocs de béton, dans le prolongement de l’hospice Gantois ou la résidence Kennedy qui lui faisait face juraient avec ce qui restait de l’ancien quartier. Des rangs entiers de l’ancien Saint-Sauveur ont disparu ». « L’ancien hôpital Saint-Sauveur était une merveille architecturale comme on le constate avec l’un des pavillons de la cour d’honneur qui a été préservé, » poursuit-il. « À notre époque, on ne pourrait plus raser un bâtiment de cette qualité. Ce qui est fait est fait, mais cette transformation du quartier Saint-Sauveur a suscité beaucoup de polémiques et c’est sans doute pour cela qu’est née, ici, l’association Renaissance du Lille Ancien, qui s’est attachée à défendre l’identité du Vieux Lille. » Martine Pattou au titre de sa participation au Conseil communal de concertation de la Ville de Lille – un collectif d’habitants et de représentants d’associations chargé de donner son avis sur les grands projets municipaux – a beaucoup travaillé sur l’avenir de la « friche Saint-Sauveur », un vaste site situé en plein cœur de la ville, derrière l’ancienne gare de marchandises. « Ce site unique était à vendre depuis le début des années 2000 mais c’est seulement depuis 2017 que la MEL a acquis le terrain », explique-t-elle. « Le Conseil communal a planché sur la question et a rendu un certain nombre de préconisations. C’est pourtant un autre projet qui est arrivé sur la table. »
Le projet de la MEL privilégiait des immeubles très massifs avec beaucoup de bureaux… aucune possibilité d’appartements traversants qui auraient permis un éclairage sur deux côtés. Il ressemblait comme deux gouttes d’eau à celui d’Euralille. « Naturellement, notre Conseil a tiré la sonnette d’alarme », poursuit Martine Pattou. « Nous avons préconisé un projet différent, plus humain, avec suffisamment d’espaces verts, la préservation des halles existantes, des logements sociaux et un nombre raisonnable d’appartements et de commerces. Martine Aubry, maire de Lille, s’est servi de notre rapport pour demander un aménagement alternatif. Un appel d’offres a été lancé et c’est une société et un urbaniste danois qui ont été choisis. C’est un projet plus raisonnable qui permettrait de créer un véritable quartier de ville, cohérent, à la place de cette friche. »

En effet, le projet se limite à 2500 logements, 20 000 m² d’équipements dont une piscine olympique, 40 000 m² d’espaces de travail, 25 000 m² de commerces et d’activités et 8 hectares d’espaces verts. Mais il n’est pas encore acté car on lui reproche de n’être pas assez « Vert ».
« Je ne comprends pas bien la logique du raisonnement  », s’étonne Martine Pattou. « Il est impossible de rénover Marx Dormoy. Si on ne met pas la piscine ici, il faudra la construire ailleurs. La métropole manque de logements de façon criante. Si ceux-là ne sont pas construits il faudra prendre des terres agricoles un peu partout dans la périphérie et le bilan écologique risque d’être très négatif. »

Alain Cadet