L’heure du crime

Il ne paye pourtant pas de mine ce petit 45 tours, avec sa pochette toute noire et deux mots en petites lettres blanches fondues en un rectangle bien centré. 

Il ne donnerait même pas envie d’être écouté, si discret, presque invisible dans le présentoir du disquaire. 

Et quel est le nom du groupe ? « Killer ethyl » ? Dites le à voix haute sinon vous risquez de passer à coté de quelques chose. Voilà qui serait bien dommage car premièrement, les disques de cette formation made in Nord Pas de Calais ne courent pas les rues, deuxièmement le son qui va jaillir de vos enceintes n’est assurément pas quelque chose de commun.

à la manière d’une soucoupe volant qui se poserait sur la grand place de Lille, la musique que vous allez entendre est difficilement descriptible. Rock ? Punk ? Un peu de chacun et aucun des deux ? ce trio de musiciens bien déglingué dégage une aura toutefois typique des formations de la scène française alternative des années 80. à la croisée des influences de groupes tels que Ludwig Von 88, pour le côté brut de décoffrage et minimaliste, des VRP et de Sttellla pour les textes teintés d’humour noir cinglant et des multiples bruitages loufoques; la triplette brouille les pistes, cassant les codes du « déjà-entendu ».

« Raisin sec » à la guitare, « Bambi » à la basse et « Tryphon » à la batterie, les noms de scène laissent deviner une certaine tendance à la franche plaisanterie . Mais c’est justement dans cet art à manier le pas sérieux (en apparence) avec sérieux que réside toute la force de Killer Ethyl. Les textes parsemés de jeux de mots développent ainsi une critique corrosive de la société, celle des années 80, mais ô combien d’actualité de nos jours. Suicide, Sida, alcoolisme, guerre, chomage, les thématiques abordées ne donnent pas envie de rire et tranchent d’autant plus avec l’attitude désinvolte et délurée de leurs interprètes. Voilà qui donne en tous cas à réfléchir, mais quant à la notion de bon ou de mauvais goût ? Celle ci restera à la bonne appréciation de l’auditeur, selon son humour et son humeur.

Ce petit 45tours n’est cependant pas le seul (mé)fait du groupe. En activité depuis 1976 et après avoir changé plusieurs fois de nom (des Rollmops, en passant par les Bluts, Les Zobs, les Abrutis…), Killer Ethyl a laissé derrière son passage trois disques douze pouces, et deux compilations CD et des titres inoubliables tels que « J’artourne a l’fabrique », seul morceau punk chanté en ch’ti. Ce trois titres intitulés « Joelle et Marcel » constitue néanmoins la seule trace sonore disponible en petit format vinyle, une rareté que saurons apprécier les passionnés de la scène alternative hexagonale.

Comme le dit l’ « Ethylique », petit fascicule glissé dans les pochettes des albums : « Oh!Paulette, tu ne vas pas sortir avec ce type qui ne connaît même pas Killer Ethyl ? » . Mais alors, est-ce que Paulette sortirait avec vous ? Maintenant, peut-être que oui.

SYLVAIN
NOTES EN BULLES – Disquaire – Libraire
172 rue Solférino 59000 lille – Tél : 03 66 96 01 12 – www.notesenbulles.fr

 

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