Wazemmes chantait

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C’était au temps où Wazemmes chantait. C’était dans les années septante et peut être moins. C’était au siècle précédent. Les journalistes fréquentaient Wazemmes et tutoyaient la Nouvelle Aventure

Il y a si longtemps que la mémoire des noms et des enseignes chez moi s’est fait la malle. Malgré le temps accéléré, je suis toujours journaleux même s’il faut ajouter le canonique « honoraire ». C’était au temps des forts des Halles en sarrau de toile blanche et tricorne de paille « spécial fort ». Ils étaient robustes et rigolards, vigoureux et soiffards, balèzes et délicats, baraqués et sensibles, costauds et très aimables. Amis des journalistes, ils trinquaient volontiers avec nous et remettaient ça ! il fallait les voir, tels des Turcs, trimballer des bestiaux presque aussi massifs qu’eux, de la charrette à l’étal de carreaux blancs bardé de fer rouge. Les Halles étaient de vraies Halles et les bistrots des Halles de vrais bistrots, de cinq heures du mat à plus… C’est à dire -j’en ai vu- qu’il y en avait encore se tenant raides aux bars aux alentours d’onze heures du soir. C’est là où un grand journaliste de mes amis et accessoirement de Nord Matin, intervient.

On me prévient : il y a un blessé grave au Bistrot des Halles. J’y fonce et vois mon Guy Malou allongé sur la civière des sapeurs-pompiers, geignant, lui si blagueur, le bras attelé. « J’ai fait le con. J’ai relevé le défi d’un fort des Halles ! » Ils avaient fait un « bras de fer » : face à face, coude sur la table, main dans la main, tenter de faire toucher de force la main de « l’adversaire » entre les verres de rouge entamés… Mon Guy faisait bien la moitié du géant des Halles qui, en un sourire et un tour de main, lui torsada le cubitus, fracassant l’humérus en une seconde. Pari perdu. Probablement une tournée générale mais pas avant trois ou quatre semaines, le temps d’un plâtre… C’était ça Wazemmes ! Et ces pots nombreux et fréquents, riches, que l’on s’offrait en couple ou en procession de vingt à trente confrères ! Chez les typos, on appelait cela des « Alas » (à la santé du confrère qui régalait). Nous, c’était souvent à la Nouvelle Aventure, rue du maire Sarazin. Nous fêtions je ne sais plus quoi chez je ne sais plus qui. Face à notre tablée : les étudiants en kinésithérapie célébrant la fin de leur cursus.

Ils se mirent à danser au mitan du restau. Puis blagues et défis de grand talent débutèrent. Pendant que le chef photo de la Voix, artiste peintre de grand talent (ah ! ses clowns !), Serge Contesse ne nous épargnait pas sa clownerie traditionnelle : faire le tour de la tablée, ses attributs masculins posés dans une assiette ornée de persil ou de salade. Respect ! J’entendis scander par les masseurs : « ton Q, Lucienne, ton Q, Lucienne ! ton Q ! » et l’interpelée de retrousser sa jupe sur un postérieur esthétiquement parfait. Elle rabattit sa jupe, se redressa, face à moi par le plus grand des hasards et s’exclama : « Tonton !? » pendant que je murmurais « Ma Nièce ! ». Un évènement que mes confrères de Liberté, Nord Matin, La Voix et sans doute La Croix, ne relatèrent pas. Il était tard, les rotatives tournaient déjà et il restait des verres à boire à la santé de

Tertous et de Wazemmes.

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