Le chroniqueur irrévérencieux et agnostique ose un bénédicité, louange et remerciement pour un bienfait souhaité ou accordé. Dans l’écriture il y a quelque chose qui relève du cadeau.
La Grosse-Madeleine rue du Pont-Neuf c’est notre Salute, une église emblématique vénitienne, dans le quartier du Dorsoduro, à deux balancements d’encensoir du musée Pinault sur le Grand Canal et par la grâce de l’écrit, naturalisée lilloise. Comme dans les aquarelles de Jean Pattou, notre Michel-Ange vieux-lillois, les lieux entrent en correspondance, en résonance, se superposent, se mélangent.
Pour mémoire 1
Lille-Venise, quelques 1279 kilomètres, 1h30 d’avion de Charleroi à Trévise ou à Marco Polo, compter une centaine d’euros l’aller et retour, selon les saisons, éviter février et le carnaval.
Pour mémoire 2
Il en a connu des pertes, des deuils, des outrages, le quartier boboïsé mais il n’a pas perdu la mémoire. Le chroniqueur pratique quelques emprunts à l’histoire, il la taquine et entretient porosité, disponibilité et distanciation avec le quotidien. Il n’écrit pas sur du vent.
La Grosse-Madeleine a pris son temps pour affirmer ses rondeurs, pas moins de 26 ans entre 1675 et 1701 contre six ans pour sa petite soeur de la Cité des Doges. Lors d’une mémorable exposition de Lille 3000, Emme découvre l’église dans une position très profane, à peine avouable. Allongé sur un lit collectif circulaire accueillant quinze pèlerins, les yeux levés vers le plafond, il se régale des vidéos de l’artiste japonaise Miwa Yanagi : des grands-mères racontent leurs souvenirs de petites filles. Hardi, émouvant, attendrissant. Ce dispositif insolite lance un pied de nez à la déambulation verticale, incontournable et masochiste des musées et offre un mode de visionnement doux, câlin, intime. Mais le groupe ne se livre à aucun échange qui pourrait contrevenir à la morale. Emme se sent bien sous la protection de la prétendue pécheresse, la soi-disant femme de mauvaise vie qui lava les pieds du Christ et annonça au monde l’incroyable nouvelle de la Résurrection. Il voit dans la rotonde un hommage hyperbolique, plus grand que nature, à la féminité de la figure biblique : sein, lolo, giron, miche…La rotondité du dôme et l’horizontalité de la posture libèrent toutes les interprétations. Emme aurait bien péché avec la moelleuse, gironde et croquante Marie-Madeleine, bel assemblage doré et strié de sillons profonds.
Donc une heure de paix propice à l’appropriation de ce joyau de la Contre-Réforme, mélange de styles : plan en croix grecque, rotonde, lumignon, façade baroque, unique à Lille et à la ronde…et qui paya un lourd tribut aux bombardements autrichiens de 1708. Le chemin de croix comportait d’autres stations. Moult infortunes allaient peser sur la douce et tendre Madeleine qui ne mérite que suavités.

