Chanteur-globe-trotter, Dick Annegarn

260

La longue silhouette dégingandée de Dick Annegarn, suivie de son grand chien, marchant du côté du Marché ou de la place de la Place de la Solidarité, avec ses vieux Rades et son monstre du Loch-Ness en inox, reste imprimée dans la mémoire de beaucoup d’habitants de Wazemmes.

Parfois, ce Hollandais-chantant se souvient qu’il a habité le quartier. C’est ainsi qu’on a pu le voir revenir, en 2016, à l’occasion du Festival d’Accordéon. Il s’était déplacé pour recueillir la mémoire des vieilles chansons populaires du coin. Il avait aussi donné un concert à la maison Folie de Wazemmes.

Ce fut un moment solaire, au cours duquel le public a voyagé sans quitter son fauteuil. En décembre 2021, voilà que le chanteur revenu en ville ! ou quasiment ! Il donne un spectacle à la salle Salvador Allende de Mons-en-Baroeul. Il a commencé par dire qu’il « connaissait cette commune, avant !
Du temps où il habitait à Lille, ça existait déjà ! Mais c’était un endroit boueux avec des chemins défoncés ».
Bien entendu, ça a fait gondoler tous les gens de Wazemmes et même un peu ceux de Mons-en-Baroeul.

Dick Annegarn, sur scène, c’est à la fois le vieux pote et la bête de scène. Il alterne les chansons insolites et les causeries du coin du feu… au point qu’il a même regretté que la salle soit si grande ! Cela n’a pas vraiment gêné la communication et le public était suspendu à ses lèvres. Quand il raconte ses anecdotes, il n’arrête pas de gratter sur sa guitare en palissandre qui produit des sons ronds avec de puissantes harmoniques. Son style est inimitable. Il mêle le folk, le rock, le toucher des joueurs d’oud d’Orient ou d’Afrique du Nord. Impossible de l’imiter !
Et lui, tranquille, continue ses récits, ni vu ni connu, comme si ce n’était pas lui le musicien ! A mon avis, ses doigts doivent marcher tout seuls et ne s’occupent pas de leur propriétaire.

Mais ce qu’attend surtout le public, ce sont ses chansons… et si possible les chansons cultes qui ont été un repère d’un moment de leur existence. « Bruxelles »,
« Nogent-sur-Marne », « Lille-Colombophile », souvenirs d’une itinérance du Nord au Sud, de La Haye, aux Pays-Bas, au pied des Pyrénées, le Pays des Troubadours. Après cinquante ans de carrière, dont vingt ans de galère, où il n’avait rien d’autre à faire que d’écrire des chansons, il n’avait que l’embarras du choix. Son dernier album s’appelle « Söl », ce qui évoque la solitude. Mais ses dernières chansons – et les autres – c’est surtout l’occasion de partager des émotions à travers les notes et les mots.