Toudis Simons

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Simons, dessinateur publicitaire et la bière Motte Cordonnier

C’est dans une petite maison de la rue Bossuet du quartier de Moulins que Marie Castelain, jeune ouvrière textile, mit au monde, un 22 février 1901, un joli garçon, devant Joseph Campenhout, plombier de son état, tout ému devant leur petit bout de chou qu’ils baptisèrent Léopold Simons.

«Dans la famille, on se comprenait comme on pouvait, en mélangeant le patois et le flamand. Nous avions une vie modeste, mais nous étions heureux. Mon père a repris un petit estaminet près du cimetière du Sud «Au p’tit Zouave» dans le Faubourg des Postes, un quartier que j’ai aimé passionnément tout au long de ma vie. Gamin, quand je rentrais de l’école, je me régalais des histoires des clients, des ragots du quartier, des moqueries des uns et des autres.»
C’est peut être là, caché derrière le comptoir recouvert de zinc que sa mère astiquait dix fois par jour, qu’il a rencontré, inconsciemment, peut-être, Alphonse et Zulma. Doué pour le dessin, encouragé par son instituteur et un voisin pharmacien, il entre à l’école des Beaux Arts de la place du concert dans la classe de Pharaon de Winter.

En 1921, pour son dossier de fin d’année, il réalise une série d’illustrations inspirées du livre «Le Feu» de Henri Barbusse. Remarqué par le critique d’art de l’ Écho du Nord, il entre au journal comme «dessinateur illustrateur». En 1924, l’armée le réclame et lui offre un petit séjour forcé en Rhénanie occupée. Libéré, il retrouve Lille et ses amis de la taverne Soubricas, le sculpteur Sam Levin, le photographe Manaut, Romi et l’accordéoniste Marceau. Alors il devient, pour notre plus grand plaisir, Simons, illustrateur, peintre, comédien, poète, écrivain, homme de radio et de télévision etc, etc. Il a réalisé de nombreuses illustrations publicitaires, toujours pleines d’humour, à qui sait les regarder. Entre autres une série pour la Bière Motte Cordonnier, qui servit à sponsoriser des programmes de théâtre datant de 1952.

Scène typique d’un estaminet de quartier, souvent tenu par la femme de la maison, petit appoint d’argent pour le ménage. On pourrait reconnaître sa mère Marie sous la caricature de Zulma, peut être son père Joseph plombier qui rentre du travail et le voisin pharmacien qui l’avait encouragé à se présenter à l’école des Beaux Arts.


On a sorti la toile cirée à l’étoile rouge, cadeau de fidélité du brasseur, et une bouteille à l’étoile rouge. Que voulez de plus ! Le père va servir un verre de bière à chacun, même aux deux petits ! Ne disait t-on pas, jusque dans les années 60, que la bière était plus saine que l’eau, bien souvent polluée ? C’est peut être pour ça, que les bons pères d’Ozanam, au moins jusqu’en 1958 – j’y étais – nous donnaient à la table de la cantine, une bouteille de Motte pour cinq. Pourrait-on refaire, à notre époque, une telle publicité ?

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