Le jouet s’en va t’en guerre !

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Musée de la poupée et du jouet ancien de Wambrechies.

En cet été 1914, l’Etat-major français fait face au plan allemand Von Schlieffen savamment mis au point depuis 1900. Il consiste en une attaque massive par la Belgique pour contourner Paris par l’Ouest et prendre à revers en un mois l’armée de Joffre. Mais l’armée belge aidée par les britanniques résiste vaillamment, et l’armée russe sur le front de l’est menace la Prusse orientale nécessitant le prélèvement de nombreuses divisions allemandes du front de l’Ouest vers le front russe. Aussi, l’Etat-major allemand décide, pour aller plus vite, que la 1ère armée allemande de Von Kluck ne contournera pas Paris par l’Ouest mais par l’Est.

Deux taxis parisiens Renault 8HP dits « Taxis de la Marne » de marque CR.

Le général Gallieni, commandant des troupes françaises chargées de la défense de Paris, envoi la 6ème armée commandée par le général Maunoury sur le flanc de la 1ère armée de Von Kluck sur la Marne. Attaquée à son tour en force, la 6ème armée résiste grâce à l’envoi d’urgence de 10.000 hommes de Paris. C’est le fameux épisode des « Taxis de la Marne ». Gallieni réquisitionne 600 taxis Renault parisiens pour transporter 6.000 hommes de la 7ème Division d’Infanterie sur le front de la Marne. La 6ème armée se replie, Von Kluck va alors commettre l’erreur de la poursuivre pour l’éliminer. Son avance rapide ouvre une brèche d’environ 50kms avec la 2ème armée allemande de Von Bülow. Profitant de cette ouverture, la 5ème armée française du général Franchet d’Espèrey et le corps expéditionnaire britannique du général French s’engouffrent et attaquent les deux armées allemandes sur leurs flancs exposés. Désorganisées par cette manœuvre, épuisées par leurs précédentes avances, légèrement inférieures en nombre, les deux armées allemandes vont être à leur tour contraintes au repli. Conduites par Joffre, les opérations évitent le piège de l’étau du plan Von Schlieffen sur la Marne et repoussent les assauts allemands. La bataille de la Marne constitue un tournant de la guerre. Incapable d’emporter la différence, les Allemands font la « course à la mer » et le front glisse vers l’Yser avant d’être arrêté devant Ypres. Dès lors le conflit s’enlise pour 4 ans dans la boue des tranchées.

En 1914, CR fabrique en jouet la Renault type 8HP avec différentes carrosseries : limousine, roadster, camionnette et taxi. Le taxi de 18cm de long, fabriqué sous la référence 973 avec tôle imprimée et compteur taximètre, est actionné par un moteur à ressort. A partir de l’Armistice du 11 novembre 1918, les ventes de ces jouets taxi explosent. Et pour cause, au-delà de l’aspect militaire ces taxis ont joué un rôle symbolique illustrant la volonté de résistance de la France lors de la bataille de la Marne en septembre 1914.

Petite histoire de la marque CR

En 1868 Charles-Jacques Rossignol crée son entreprise de bimbeloterie et de jouets de bazar en Moselle. En 1875 il s’installe à Paris au 133 rue du Chemin Vert puis annexe des locaux donnant sur l’avenue de la République. Lorsqu’il décède en 1889 son épouse Marie Strutz-Rossignol reprend l’affaire avant de s’associer avec son fils Charles Rossignol et son beau-fils Charles Roitel. Charles Rossignol décède à son tour en 1903 et sa mère reprend la succession jusqu’en 1922. En 1941, la dernière descendante Georgette Rossignol cède ses parts à Paul Chavonnet. En 1943 son mari Charles-Georges Roitel, fils de Charles Roitel, devient propriétaire de l’usine jusqu’à la cessation d’activité en 1962. Pendant presque 100 ans les initiales CR (Charles Rossignol mais aussi Charles Roitel) seront utilisées comme signature de la marque. En 1876 CR invente le cri-cri sous la dénomination de « castagnette merveilleuse ». Ce jouet vendu à l’entrée des théâtres restait en poche si la pièce était bonne, sinon les cri-cri sonnaient. Ces mêmes cri-cri seront utilisés comme moyen de reconnaissance lors du débarquement du 6 juin 1940. En 1889, après deux médailles d’or à l’Exposition Universelle, CR invente l’agrafe comme nouveau système d’assemblage à la place de la soudure à l’étain et obtient un brevet pour la tôle lithographiée pour diminuer l’utilisation de la peinture. C’est une révolution dans la fabrication des jouets en tôle.

Exposition « le jouet s’en va-t-en guerre »
Labellisée centenaire de la guerre 14-18 au musee de la poupee et du jouet ancien de wambrechies

De tout temps les garçons jouent à la guerre car jadis il fallait s’imposer par la force. D’une certaine façon le jouet va dépasser son simple rôle ludique pour devenir un véritable objet d’apprentissage. Mais c’est oublier que la vraie guerre n’est pas un jeu, et que l’on n’y fait pas semblant de mourir. Cette exposition présente des scénographies de jouets anciens en diorama pour découvrir une guerre totale sur terre, sur mer et dans les airs. Nous traverserons les moments tragiques de la Grande Guerre de l’attentat contre l’Archiduc François-Ferdinand à Sarajevo le 28 juin 1914 à la signature de l’Armistice au wagon de Rethondes le 11 novembre 1918, en passant par les taxis de la Marne, les tranchées, la bataille des Dardanelles, Verdun, la Voie Sacrée, la première bataille de chars anglais Mark à Cambrai, le char français Renault FT17, le château de Robersart à Wambrechies transformé en hôpital militaire allemand, l’artisanat de tranchée, l’As des As des aviateurs allemands le Baron Von Richthofen…

Musée ouvert de 14H à 18H, les mercredis, dimanches et jours fériés et sur rdv pour les groupes en visite commentée

 

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