Le label « Danceteria »

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Les remarques les plus anodines peuvent parfois conduire aux plus importantes découvertes. Et si les amateurs de musique « non conventionnelle » (punk, coldwave, rock expérimental…) connaissent déjà le label « Danceteria », peut-être ignorent-ils son histoire. 

Tu as vu ? Sur la pochette du disque des UK Subs, il y a écrit : Danceteria, 222 rue Solférino à Lille. Et bien non, l’ami disquaire, pourtant localisé au 172 rue solférino, ne l’avait pas vu ! Il ne fallait donc pas plus que cette simple question d’un passionné particulièrement observateur pour que le « Dénicheur de vinyle » ne se transforme en Sherlock musical pour remonter la piste d’un des labels français les plus pointus en matière de musique alternative.
Dès le départ, l’enquête n’est pas aisée. La réputation du sujet est solide, mais le nom ne circule qu’à voix basse, dans l’ombre. Les indices sont nombreux et bien visibles : l’estampille du label apparaît au dos d’œuvres bien connues de John Cale, New York Dolls, MC5 mais les traces disparaissent subitement après 1995. Silence total : pas d’articles sur internet, pas de commentaires d’amateurs éclairés, Danceteria semble être un mirage. Néanmoins, grâce aux technologies modernes et surtout à un gros coup de chance, un des membres fondateurs de la maison de disque nordiste est retrouvé et a accepté de nous en dire plus sur cette aventure peu commune. Plutôt que de se perdre en spéculations et hypothèses, pourquoi ne pas laisser la parole au principal intéressé ?
Bertrand Blaha est donc à la plume pour répondre aux questions de la gazette de Lille :

1/ Bonjour Bertrand, en guise d’introduction, peux tu parler de l’idée initiale de la création ?
Que faisais-tu avant de monter le label Danceteria ? Comment est venue cette idée de développer un label ? Quand et comment a démarré l’aventure ?

C’est juste l’idée de trois amis au départ qui jouaient dans un groupe ensemble. On a ouvert le magasin à Lille rue St Genois « la boucherie moderne » en mars 1985. On souhaitait vendre des pressages originaux et on a dès le début importé nos disques. Quelques mois après pour gagner du volume on a commencé à vendre à d’autres magasins en France. On a très vite aussi signé des catalogues en distribution. Un des premiers catalogues fut Enigma (Wipers, Ben Vaughn combo ). Une force de vente avec une dizaine de personnes a été créée. On a aussi ouvert un magasin à Paris rue du Cardial lemoine dans le 5ème puis très vite l’envie de créer un label. Notre première production fut le maxi de Buzz et ensuite on a signé la licence de l’album du Gun Club « Mother Juno ».

2/ Le but du jeu était-il de produire des artistes qui correspondaient plus ou moins à tes goûts musicaux ? était ce une volonté de se spécifier dans un certain registre sonore ?

Nos préférences allaient dans tout ce qui concernait la musique indie  (ndlr : groupes indépendants) de l’époque. à l’international,  nous avons sorti des disques des Pastels, Einsturzende Neubauten, Swell, Butthole surfers, Fleshtones … et en local Kid Pharaon , The pollen, Dominic Sonic. Nous avions aussi en licence certains labels comme Rosebud ( Katerine .. ) ou Lithium ( Dominique A )

En moins de 10 ans, nous avons sorti plus de 300 disques …

3/ Comment étaient choisis les groupes qui allaient être produits ? et ceux qui allaient être distribués ? étaient ce les groupes qui venaient à vous ou fallait-il les dénicher pour être sûr de ne pas manquer «la perle rare» ?

C’étaient des propositions des labels étrangers qu’on distribuait , des remontées de nos représentants sur le terrain, de nos magasins ou de notre bureau de promo à Paris. On triait un tas de signaux en fait. Sur les « perles rares », on était souvent plusieurs sur le coup… Alertés par un agent, il n’était pas rare que pour la première date française d’un nouveau groupe anglais, on se retrouve à 3 ou 4 distributeurs dans la salle et les discussions d’après concert avec le management étaient souvent animées et compliquées

4/ La concurrence était-elle dure entre labels ? 

oui assez … avec les indépendants et les majors aussi … souvent New Rose et les labels du groupe Virgin .

5/ Quels sont les groupes régionaux que vous avez produits ? 

Je me rends compte qu’on n’a sorti que 2 groupes régionaux : Buzz et the Watchmen

6/ Quelques petites anecdotes sur le label ? un meilleur souvenir ? une pire expérience ?

Une série d’interviews avec les Résidents qui ne donnaient jamais d’interviews … personne ne connaissait  leurs visages, ils déléguaient au manager.  En fait, pendant les interviews, ils étaient juste à la table derrière et ils se bidonnaient en écoutant les réponses aux questions de leur manager… Sur plusieurs interviews, aucun journaliste n’a jamais rien capté !

7/ Au final, combien avez vous produit de groupes ?

Quelques dizaines sur nos labels Danceteria et Tuesday Records et aussi beaucoup d’autres sur nos labels en licence Lithum Rosebud ROIR Europe et Sarah.

8/ Quand avez vous décidé d’arrêter ? et pourquoi ?

En 7 ans, la société s’est certainement développée trop vite et nous avons manqué de financements.

9/ Est-ce plus difficile aujourd’hui pour un label de vivre de sa passion ? quelles sont les différences fondamentales entre le monde de la musique d’aujourd’hui et celui des années antérieures ?

Dans les années 80, il y avait un gros public consommateur de musique, donc des acheteurs de disques …. cela semble avoir un peu disparu aujourd’hui.

Merci encore d’avoir accepté de me rencontrer et d’avoir pris du temps pour répondre à ces quelques questions.

SYLVAIN

NOTES EN BULLES – Disquaire – Libraire
172 rue Solférino 59000 lille – Tél : 03 66 96 01 12
 www.notesenbulles.fr

Laisse les rêver et voguer dans leurs souvenirs, ça leur fait tellement plaisir.

Caché derrière tes vinyles Sylvain (Notes en Bulles), je t’envie. Tu baignes dans la musique et tu as l’air heureux. Toujours le sourire, même quand les vieux squattent ton magasin en pleurant sur leur jeunesse.

– « Notre musique, ah ! c’était la vraie, hein Michel? les Bourgeois de Calais, en 63 au Touquet, dis donc, on emballait ferme. »

Comment qui s’appelait le batteur des Chaps, c’était pas Quiquet ou un nom comme ça ?

– Mickey, un matheux de Lens.

-Ah oui, y avait aussi les Shakrans, les Fedows et les Gogonis, chemise à jabot, veste en lamé rouge vif. brillant au sunlight des roses blanches. Burt Blanca, tiens il a peut être un vinyle de Burt ?

-Le petit prince du twist qu’on l’appelait en Belgique.

-C’est vrai, fallait aller à Tournai si tu voulais acheter de la vraie musique.

-À Lille, y avait  l’Eden, mais pour dénicher un Jauni, un Dique ou un Heidi fallait soulever 300 Verschueren ou 200 Paulette Merval.

-Burt, tu parles, à coté d’Adamo, il déménageait le mec.

-Savent plus jouer de la guitare les jeunes, c’est mou, y a plus le rythme de Chuck ou de Jerry.

-Sylvain, laisse les rêver et voguer dans leurs souvenirs, ça leur fait tellement plaisir. Ça leur évite de pleurer sur leur jeunesse.

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