La 10e édition du Prix Alexandre Desrousseaux

La 10e édition du Prix Alexandre Desrousseaux célèbre les places de la ville de Lille

Entre flânerie et inspiration, les amoureux de Lille ont une nouvelle fois fait vibrer les mots pour raconter leurs places préférées.
Le Prix Alexandre Desrousseaux, qui met chaque année la plume des Lillois à l’honneur, fêtait cette année sa dixième édition. Le concours, dont le thème 2025 portait sur « En flânant dans les rues de Lille, vous découvrez ou redécouvrez une place », a une nouvelle fois suscité un bel engouement.
Après avoir exploré, dans les éditions précédentes, une rue, une école, un marché, un quartier ou imaginer une rencontre dans un lieu emblématique, ou encore donner la parole au P’tit  Quinquin, à la ville de Lille, les participants ont cette fois été invités à s’arrêter sur la Place, symbole de convivialité et de vie urbaine.
Trente auteurs ont pris part à cette édition. Certains n’ont pu être présents lors de la remise des prix, mais leurs textes sont venus de loin : de Suisse, du Bénin, ou encore d’Haïti. Tous ont témoigné d’un attachement fort à Lille et à son patrimoine. Tous ont tenu à célébrer, à leur manière, la richesse de ce  patrimoine lillois. Certains ont fait de la place un décor secondaire, d’autres en ont fait le véritable personnage principal.Tous ont su révéler des coins méconnus ou redonner vie à des lieux familiers, invitant les lecteurs à regarder Lille autrement.

Les membres du jury ont  ainsi découvert ou redécouvert des lieux qu’ils ne connaissaient pas, et qu’ils ont désormais envie d’explorer.

Le jury a pris un réel plaisir à lire des textes  d’une telle richesse documentaire, d’une telle qualité tant sur le fond que sur la forme. Récits fantastiques, policiers, historiques ou encore poèmes : la diversité des approches a rendu la délibération particulièrement difficile.

Le Prix Alexandre Desrousseaux, doit son succès à toutes celles et ceux qui font vivre le concours, tout d’abord, à son parrain Frank  Hannoh avec la Mairie de Lille Centre, à La Gazette de Lille et  aux Mardis d’Ailleurs. Ce prix organisé avec le soutien de l’ONL, des librairies partenaires (Le Bateau Livre, La Procure) et des écrivains des Hauts-de-France, confirme son rôle de vitrine du talent et de la créativité locale.
En dix ans, ce concours littéraire a su s’imposer comme un rendez-vous incontournable pour tous ceux qui aiment écrire sur Lille et pour Lille et qui attendent avec impatience l’édition 2026  dont le thème paraitra dans la Gazette de Lille.

Les cinq premiers  ont reçu un lot spécial ( week-end à Paris, places à l’O.N.L., au Chapiteau ) et un livre a été offert à tous les participants.

Alors, préparez vos plumes !

Et maintenant, ouvrez grand les yeux pour lire quelques extraits des cinq premiers  textes sélectionnés et régalez-vous :

5ème  prix: Marie- Agnès Sauterre, L’Aïeule 

«Oh ! Toi ! L’homme pressé qui passe sans me voir, pourrais-tu t’arrêter un instant, me parler, m’écouter? J’ai tant à te dire! Et, vous Flâneurs qui me piétinez chaque jour, ce soir, je suis si lasse. Je vais vous raconter. 

Je suis née au temps du baron Haussmann, il a fait beaucoup pour moi. C’était l’époque bénie où les jours s’égrenaient lentement. Comme robe de baptême, on m’ octroya la rue Faidherbe. Je fus fière, ornée de cette splendeur. Je l’ai conservée, d’ailleurs! Plus loin, ma rivale trône. EIle! Qui a connu de vaillants guerriers porte d’ailleurs le nom d’un des plus célèbres, natif de notre belle Isla. Pour la valoriser, on lui offrit comme compagne la majestueuse Déesse. J’en fus jalouse, mais à présent, le grand âge venu, les animosités ont disparu et sont remplacées par une profonde amitié. Rien n’était gagné. Tout au début, le nom commun des Buisses ne me plaisait guère : Buisses rappelant les conduits des eaux alimentant notre Isla. Ce nom est resté. Et puis cet autre, guère plus reluisant : Place de la gare. Quoi de plus banal et anonyme! Ah ! Pour ça, oui, un nom de fonction. On ne risque pas de l’oublier!

 4ème  prix : Jacques  Meyniel, A ma Place

Une histoire sentimentale malheureuse m’avait éloigné de Lille il y a plus de quinze ans. J’avais rejoint Paris et afin de me préserver et de recoller les morceaux d’un coeur brisé, j’avais depuis évité la capitale des Flandres. Des raisons professionnelles m’avaient ramené à Lille par deux fois et à chacun de mes déplacements, j’avais pris soin de me tenir éloigné du quartier St Michel qui avait abrité mes amours inconditionnels et foudroyants avec Elsa.

J’avais le sentiment que si je revenais sur ces lieux, je subirais un choc sentimental tel que je pourrais en perdre la vie ou à tout le moins la raison. Un peu à la façon de ces personnes qui, face à une émotion trop violente, sont frappées qui de cécité, qui de mutisme ou d’autres maux qui viennent étayer la thèse d’une relation parfaitement imbriquée entre notre mental et notre corps. Chose étrange que les méandres d’une personnalité qui par deux fois m’avait fait choisir

de loger dans un hôtel éloigné et de ne m’approcher de mon ancien quartier pour rien au monde ; allant même jusqu’à ériger une barrière symbolique autour d’un périmètre suffisamment large ayant pour centre la place Philippe Lebon où j’avais vécu heureux, amoureux et en parfaite harmonie avec Elsa.

3 ème prix : Richard Donini,  Dernier Echo

 Il est des nuits rares, presque dérobées, où Lille se défait de ses certitudes. Minuit vient de s’effacer, et déjà la ville bascule dans une autre temporalité, suspendue entre mémoire et présence, où les façades claires-obscures retrouvent une gravité d’oracle. Je quitte l’Opéra sans hâte, porté par l’air tiède, le pas suspendu, comme dissous. La place du Théâtre s’est vidée de ses voix. Des ombres enlacées émergent des restaurants, chacun regagnant son mystère. Ne reste plus que cette mélancolie particulière née du silence revenu après la musique — un silence habité, vibrant encore des dernières notes ténues d’un Nocturne de Fauré, et traversé par cette clarté qui précède l’effacement ou la révélation. 

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