SUPPLIQUE D’UN POISSON ASTRAL
» Je vois le monde un peu comme on voit l’incroyable, l’incroyable c’est ça c’est ce qu’on ne voit

Avertissement :
Imaginatif et souvent perdu dans ses pensées, le Poisson est un véritable artiste dans l’âme. Il
voit le monde à travers un prisme poétique et aspire à une réalité empreinte de douceur et de
magie.
Bien sûr il y a, place du Concert, les marchés des mercredi, vendredi et dimanche, un privilège
partagé, quoique sans commune mesure pour la fréquentation, avec l’immense et renommé marché de
Wazemmes. Thierry et Marianne et les Pêcheurs de Boulogne y accostent avec leurs camions immaculés
longs comme des nefs, version moderne des chasse-marées qui furent fatals à Vatel, le cuisinier de
Louis
XIV. À ce jour, aucun suicide à déplorer sur la place. Emme se régale des salades de poulpes,
croquants sous la dent et de calamars blancs exécutant leur dernière nage dans une huile à la
tomate pimentée, dégustés avec un Picpoul de Pinet bien frais de l’étang de Thau. Il y a longtemps,
le chroniqueur, de retour d’un voyage à la Nouvelle Orléans, avait commandé des écrevisses. Les
emblématiques crawfishs, Emme les dégustait par cartons entiers et accompagnées de bière glacée
dans les bayous de La Nouvelle Orléans, surnommée aussi La Grande Sale dans les polars de James Lee
Burke. Ces attendrissantes bébêtes sont désormais importées des pays de l’Est. La France n’en
produit plus, et pas davantage de cuisses de grouilles et d’escargots, pour le soulagement des
végans et la consternation des gourmets.
La salicorne, ce cornichon de la mer, qui se récolte du mois de mai au mois d’août, sur une tranche
de thon mi-cuit mariné affiné d’un filet de citron vert vous plonge dans des abysses de délices.
Les maousses et onéreuses crevettes du Sénégal et les goûteuses petites crevettes grises qu’ado
Emme pêchait par kilos avec un filet à Berck-Plage (62 600) ont, du chroniqueur, la préférence. La
pêche entre parfois en résonance avec l’adolescence.
Mais lundi, mardi, jeudi, samedi, bernique.
Les produits halieutiques ont déserté (presque) les boutiques du Vieux-Lille alors que la mer est
proche, celle qu’on voit baigner et alimenter notre Côte