Réponses aux questions des auteurs !

L’association « Écrivains des Hauts-de-France » est allée à la rencontre de plusieurs auteurs de la région afin de répondre à ces questions.

Qu’est-ce qui motive l’écrivain de roman historique ?

« J’ai toujours adoré l’Histoire en classe », avance Annie Degroote(l ) autrice de plus de vingt romans historiques dont l’action se situe dans la région, ajoutant : « L’Histoire est un Annie DEGROOTE territoire qui permet de pénétrer la vie des hommes. Le roman fait revivre ces ancêtres et y ajoute ce qui nous a troublés, émus, mis en colère … » De son côté, Jean-François Zimmerman(2) souligne que « Sur la toile de fond de la grande Histoire, il est plaisant au romancier de tisser ses petites histoires. Il utilise l’Histoire non pour la réécrire, mais pour créer de la fiction vraie ». Annie Degroote ajoute : « un roman historique est un moyen formidable de parler d’aujourd’hui. Ainsi dans « la Kermesse du diable », l’épisode de la peste me faisait penser constamment au Sida, encore tabou dans les années 90 ». Elle précise : « Ce qui me plaît le plus est de mettre en lumière des personnages, des lieux ou des faits oubliés ». « L ‘Histoire est exotique pour moi etje m’y trempe avec jubilation pour me dépayser du monde ambiant », jubile Gérard Demarcq-Morin(3), biberonné aux souvenirs de son arrière-grand-mère dont le père avait vécu sous Napoléon. « Mon credo de romancier : redonner vie à de l’humanité ancienne », ajoute-t-il.

 

Qu’est-ce qui fait un bon roman historique ?

On imagine sans peine que ce genre littéraire exige de l’auteur un travail très rigoureux. À commencer par la recherche documentaire. Car, comme      l’observe         Jean-François Jean-François   Zimmerman « Il n’y a rien de pire ZIMMERMANN        qu’un roman historique victime d’une documentation incertaine. » Annie Degroote consacre beaucoup d’attention à cette phase du travail « Je me documente scrupuleusement, en repérant systématiquement les lieux où je situe mon histoire. Je vais les visiter. Je fais très attention à ce qui est repris sur Internet et aussi aux dates. » Le souci de l’exactitude s’applique également à la forme du récit . « Je dois veiller à ce que mes termes ne soient pas modernes, contemporains. » Pour autant, un roman historique n’est pas un essai savant et le risque guette de tomber dans la lourdeur. « Le danger avec les romans historiques, c’est de vouloir y mettre dès le début trop d’informations, trop de personnages », pointe Annie Degroote. L’auteur garde ainsi une marge de manoeuvre lui permettant de combiner réalité historique et fiction. Ce que confirme Jean-François Zimmerman : « Personnellement, j’ai résolu le problème en laissant en toile de fond les grandes figures historiques — abstraction faite d’Abraham Duquesne — pour ne faire intervenir que des personnages secondaires de l’Histoire, ignorés du grand public et sur lesquels les historiens ne disposent que de renseignements fragmentaires. Cette ignorance m’a permis de les utiliser durant leurs moments d’amnésie historique », ajoutant : « Plus la connaissance d’une époque est imparfaite et plus le romancier peut se permettre de placer ses personnages dans des situations extrêmes et inattendues. » Ce que confirme Gérard Demarcq-Morin : « Je suis romancier avant tout et préfère à la vérité historique la légende quand elle est plus belle. Dans les contes anciens se tient l’âme d’un pays, d’une région. »

Comment s’écrit un roman historique ?

Pas de bonne écriture sans avoir beaucoup lu ainsi qu’en atteste Gérard Demarcq-Morin : « Mes maîtres sont Victor Hugo, le boss, et les grands auteurs du XIXê siècle, mais aussi Mika Gérard DEMARCQ-MORIN Waltari et Amin Malouf pour le Xxe. » Annie Degroote témoigne de son côté : « J’aime découper mes histoires comme des scénarios. J’alimente mon fil conducteur avec ma documentation, mon intrigue prend de l’épaisseur, de nouveaux personnages se créent Presque malgré moi ! Quandje commence l’écriture, petit miracle : mes personnages prennent leur envol ! » Car au-delà de la rigueur de la construction du texte, l’auteur de roman historique, comme tout écrivain, doit encore donner du souffle à son récit, captiver l’intérêt du lecteur, l’emmener plus haut que les circonstances d’époque et de lieu. Bref, conférer à son histoire une dimension universelle. Annie Degroote confirme : « Si l’on veut rendre les personnages fictifs crédibles et vrais, et pénétrer dans leur vie, il faut tenter de comprendre ce qui pouvait se passer dans leurs esprits, quand ils sont confrontés aux événements historiques. Les faire entrer « dans l’Histoire », réagir, s’approprier les événements. » Gérard DemarcqMorin raconte : « Je suis un écrivain jardinier. Au tout début, je ressens un sentiment diffus, la présence d’un personnage qui n’est encore qu’une graine qui végète dans son terreau, son substrat, en attendant son heure, selon que je vais l’alimenter de mon imagination et de l’humanité dont je vais l’abreuver. Â ce sujet, la réécriture doit effacer en grande partie la documentation contenue dans le premier jet pour la diluer au fil du récit sans forcer le ton comme une aquarelle qui teinte simplement le papier. »

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