Premier jour d’une nouvelle vie (Justine Cocheteux) Proposée par Lille aux Ecrits

À peine sortie du bus, la cacophonie ambiant sonnait comme une musique harmonieuse autour de moi, les discussions partaient dans tous les sens autant que les pensées des centaines de jeunes présents. L’ambiance était différente ici, tout le monde attendait dans un mélange d’impatience et d’appréhension. Aujourd’hui était le premier jour d’une nouvelle vie, certains embarquaient pour quelques semaines seulement, d’autres se lançaient dans l’aventure pour le restant de leur jour ou presque.

Mon regard parcourait le bâtiment qui me paraissait gigantesque dans cette ville où pourtant toutes les tours vous surveillent de leurs hauteurs surnaturelles, ce n’était pas inhabituel mais celle-ci avait quelque chose d’effrayant, tout en longueur comme un monstre se reposant, ses facades fenêtrés comme des milliers d’yeux jugeant ceux qui ne tarderont pas à pénétrer en ces lieux. De sa hauteur confortable, l’édifice semblait déjà sonder nos âmes alors que nous gravissions la vingtaines de marches où ses portes vitrées attendaient encore fermées.

Ce lieu était mythique, connu de tous ceux vivant dans la commune ou ses alentours, on ne pouvait pas le manquer il faut dire, ni ne pas en avoir entendu parler, le bouche à oreille avait au moins fait son oeuvre, ce
batiment aux couleurs muettes, nuances de gris et de blanc, sauf pour la teinte orangée qui habillait la brique des murets. Pas de couleurs trop marquées comme si l’on savait que les centaines de jeunes qui la verraient
tous les jours finiraient par se lasser de ces coloris…

Les regards autour de moi paraissaient inquiets, presque hantés par ce golem de pierre lisse immobile, alors que certains paraissent prêt à enterrer toute leur vie, d’autres, pensifs, étaient déjà plongés dans
leur livre convaincu que les quelques minutes qui précédaient l’ouverture des portes pouvaient changer quelque chose à l’année qui allait suivre. On discutait à voix basse, on envoyait ses derniers adieux, on profitait une dernière fois de cette lumière familière… Tout le monde semblait avoir bu les paroles des plus âgés ayant déjà passé leur première année. On racontait que, en ces lieux, on perdait toute vie, que l’on ne pouvait plus rire, jouer, se distraire, Qu’il devenait à la fois une maison tant on y passait du temps à apprendre, autant qu’une prison, à lutter pour soi et contre soi. D’autres racontaient que l’on perdait nos amitiés, car les places étaient comptées
et certains serraient déjà leurs sacs vides contre eux pour s’assurer qu’on ne leur retire pas ce qui, dans quelques heures, serai rempli d’un savoir précieux.

Parmi eux, je me sentais comme une intruse, ni hantée par les fantômes du passé, ni effrayée par les paroles empoisonnées. Je ne les considérais pas comme des ennemis et j’espérais inconsciemment qu’ils feraient de même.
Ici, j’avais l’impression de rayonner Car oui aujourd’hui, dans quelques minutes, je ferai mes premiers pas vers ce rêve qui m’avait trop longtemps paru complètement inatteignable.

Il est 9 heures, nous sommes le premier Septembre, les portes des amphithéâtres de la faculté de médecine Henri Warembourg s’ouvrent et une histoire commence.
                                                                                                                                                                                                                Justine COCHETEUX

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