Le romancier face à l’Histoire ou au fait divers

« La question se pose, note Éric Gregor. Un autre personnage comme Jean Zay m’est précieux. J’ai reculé jusqu’ici, car il a une descendance. Ses deux filles sont importantes et l’une d’entre elles est toujours en vie. Je ne me sentirai pas légitime. Roger Salengro n’a pas de descendance directe. L’homme m’accompagne depuis longtemps au travers de mes engagements, notamment maçonniques. Il y a plein de coïncidences dans ma vie où je le croise. Le livre est sorti d’un coup, comme s’il venait de loin. J’ai la sensation qu’au contraire de l’historien, le romancier a toute liberté pour prendre un angle sur les moments où tout bascule. La force du romancier est d’explorer l’âme humaine. »

L’ouvrage d’Éric Gregor fonctionne comme deux comptes à rebours. Le premier dans le réel des tranchées mène à la capture du soldat Salengro par les Allemands. Le second, rythmé par le poème L’Horloge de Charles Baudelaire, débouche sur le suicide au gaz dans cet appartement lillois du boulevard Carnot.

En confidence, Éric Gregor glisse toute son admiration pour la manière dont Sorj Chalandon utilise la fiction dans le réel. « Ce mec, je le déteste… je voudrais écrire comme lui. »

Pour paraphraser Roland Barthes, on n’écrit jamais avec « soi ». On écrit toujours avec un peu « de soi ». Éric Gregor peut se rassurer. Avec ses mots à lui de romancier, il nous permet de cheminer aux côtés d’un Roger Salengro plus proche, plus fraternel. Un homme comme tous les hommes, blessé par les mots, mots plus violents que toutes les agressions physiques dont il fut la victime.

 

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