les sensations qui font la frontière et le basculement entre les deux. Nos Peaux Vivantes parce que c’est le centre qui fait vaciller entre les deux. C’est à travers le corps qu’on vit, et je pense qu’on l’oublie; car ça devient une habitude. On ne met pas forcément de regard dessus, alors que c’est avec les sens qu’on ressent les choses. Je parle de mettre le doigt sur cette continuité du corps et de l’esprit. De ne pas oublier qu’on est vivant et qu’on vit dans ce monde qui nous apporte; en lui apportant.”
> Quels retours as-tu eu ?
“J’ai eu que des bons retours. Même de personnes qui ne lisent pas forcément de poésie. Dans l’écriture dans le style j’ai eu des retours très positifs. Il y a beaucoup de personnes qui me parlent de leurs interprétations. Ils viennent me questionner sur ce que j’ai écrit. Les retours impliquent beaucoup de discussions, de non-dits, tous les mécanismes qui en ressortent sont hypers positifs.”
> A-t-il été difficile pour toi d’aborder certains de ces thèmes, et si oui pourquoi ? Cela t’a-t-il apporté quelque chose ?
“Ça n’a pas été difficile du tout. Ça a toujours été dans mon caractère d’aller travailler sur les choses qui peuvent me déranger. Je suis en auto-analyse constante. Je baigne un peu dedans, ça rentre dans la continuité dont je veux parler. Les autres c’est aussi moi. Ça apporte un soulagement de l’écrire. Des personnes m’ont dit dans leur retours, qu’ils aimeraient bien parler de choses qui leur ont fait du mal et je leur demande: “pourquoi tu n’écris pas ?”. Ils me répondent toujours quelque chose du genre “j’écris pas comme toi”; mais on s’en fout. L’acte d’écrire c’est une manière de s’en déposséder. Comme il y a pleins de gens qui ont un journal intime. Le fait d’écrire c’est à la fois de mettre en forme les mots mais aussi de les interroger. Mais il faut faire attention car parfois, je m’y perds, c’est limite obsessionnel. Faut trouver un équilibre.”
> Est-ce que pour toi c’est une manière d’être écouté, que d’écrire ?
“Écouté pas tant, mais toujours par rapport au silence je pense qu’effectivement j’ai pû en souffrir à un moment – mais maintenant je l’aime. Il est très important pour moi. Ça rejoint ce besoin d’être seul, parfois. Pour mon équilibre, il y a les autres, mais je dois aussi répondre à ce besoin de solitude. J’en ai besoin pour réfléchir. Je me sens bien dans le silence donc j’ai pas forcément besoin d’être écouté. Ça me fait penser à ce livre de Jeanne Benameur. Je pense avoir une vision presque psychanalytique. Et elle dit que la poésie et la psychanalyse se ressemblent vachement. Ce lien est créé par les mots. Il y a des mots qui m’intéressent énormément. Et tout ce rapport au silence, à la parole, c’est la même. Elle dit aussi “le silence doit être bordé de paroles justes pour que ce soit habitable”. Je trouve ça fou. Savoir être dans le silence c’est savoir écouter et respecter ses pensées.”
> “habitable” me fait écho à la question du foyer, de se sentir bien dedans, c’est un thème qui est beaucoup abordé dans ton livre. Est-ce que tu trouves ça anodin, que cette citation en particulier te vienne à l’esprit ?
“Du tout. C’est justement intéressant parce que ce rapport au foyer je l’ai énormément. Il y a même un ou deux poèmes sur un appartement – le mien – où je le qualifie de “bordel de la vie de l’intérieur”, y’a vraiment un lien entre le cadre dans lequel tu es et celui dans ta tête. Dans un appartement, quand tu mets des affiches c’est toi, ce que tu aimes, ta sensibilité. Tes pensées c’est ce que tu décides d’afficher dans ta tête. Et c’est pas simple de rendre ça habitable.”
> Est-ce que tu as un ou des poèmes favoris dans ton recueil ? Pourquoi ?
“Celui page 89, lui je l’aime beaucoup. Mes poèmes préférés sont dans la deuxième partie.”
> Qu’est-ce que tu penses de la scène actuelle de la poésie ? Et de ta place dedans ?
“Tout est politique. L’acte d’écrire l’est. Mon acte d’écrire l’est. Les autres aussi. Il ne s’agit pas de faire un essai, mais ce que je ressens moi – et ce à quoi j’aimerais plus laisser place – c’est plus du registre de “parler avec” que “parler de”. Ce à quoi j’aspire dans l’éducation spécialisée et dans mon expérience en tant qu’éducateur, ça s’inscrit dans ce domaine. J’ai cette ambition de m’y confronter, de questionner. De base, le dialogue devrait être de mise. Je pense que c’est important qu’on se penche sur le fait de communiquer autrement pour enrichir ce qui bouge déjà.”