Il était une fois, la librairie VO

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Référence régionale en matière de livres venus de l’étranger

VO, incontournable, dans son secteur d’activité, va disparaître à la fin du mois de juin. Cette situation illustre la difficulté des librairies indépendantes qui, dans le contexte actuel, malgré leur dynamisme, peinent à tirer leur épingle du jeu.

La librairie internationale VO est située au 53 de rue du Molinel, depuis 2014. Mais, l’enseigne a été fondée dès 2002, rue de Tournai, à seulement quelques encablures de son implantation actuelle. VO, c’est cinq-mille références en stock… essentiellement des livres étrangers : anglais, allemands, espagnols, arabes, portugais, japonais, polonais, russes, espérantos et bien sûr italiens. On peut y acheter le Petit Prince dans 80 langues différentes. On y trouve aussi la plupart des ouvrages régionaux. Cette palette unique donne au lieu un côté Tour de Babel où se côtoient des clients venus de tous les quartiers de Lille comme de tous les continents !
Môn Jugie, l’emblématique gérante – fondatrice de l’enseigne est d’origine italienne. Elle n’était pas spécialement programmée pour devenir libraire dans la capitale des Flandres. Il y a 17 ans, elle était à la tête d’une PME Lombarde de 60 personnes, qui fabriquait des fauteuils et des canapés artisanaux – l’équivalent de « Poltrone et Sofa  » – lorsque son associé décède. Elle décide alors de tenter une reconversion en France.

« À l’époque, ce qui m’intéressait dans ce travail, ce n’était pas forcément le livre, » explique Môn. « J’ai toujours aimé organiser des événements, des rencontres, mettre en contact des gens et une librairie internationale était un bon endroit pour ce type d’activité. »
Le transfert de VO vers la rue du Molinel, dans un vaste local de plus de deux cents mètres carrés, va ouvrir des possibilités nouvelles avec une grande salle dédiée à différentes animations.

« J’ai organisé des centaines de réunions autour des auteurs ainsi que des expositions », raconte Môn. « Je le fais à ma manière. C’est moi qui cuisine les petits-fours, qui prépare les boissons. Elles sont servies dans de véritables verres. Les participants sont mes invités. Je les sers comme je les servirais à la maison. »
Mais pour Môn, l’âge de la retraite a sonné. Malgré tous ses efforts, les repreneurs ne se sont pas bousculés au portillon, affolés par le prix du loyer. Plusieurs fois, elle a bien cru pouvoir passer le flambeau du 53 rue du Molinel à un successeur… mais à chaque fois en vain. Désormais, elle s’est résignée à mettre la clé sous la porte le dernier jour de ce mois de juin. C’est un véritable crève-cœur pour les clients fidèles, pour qui VO est aussi un centre culturel et même un peu leur seconde maison. Môn leur manquera et ils manqueront à Môn.
« Ma clientèle représente des centaines de personnes  », poursuit-elle. « Pourtant je les connais presque tous et j’ai partagé avec eux une partie de leur histoire. » Il y aura sans doute un peu de nostalgie pour Môn Jugie au moment où elle devra refermer ce dernier chapitre du livre de son parcours professionnel. Mais une nouvelle existence s’ouvre devant elle. Elle a de grands projets dans le domaine de la culture qui ouvriront le second livre de sa vie.

Alain Cadet