Dick, le crooner

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Dick, le crooner de la baie des anges, aux cheveux de jais et à la banane arrogante s’en est allé faire un tour au paradis des Rockeurs le jour de ses 74 ans.

Ce n’était pas tout à fait le nouvel Elvis, même s’il l’avait croisé à la porte d’ un ascenseur, photo vue et revue à l’appui.Lui, tout timide, et Presley tout surpris.

Avec Johnny et maintenant Dick, c’est toute une époque qui va disparaître, petit à petit, faute de combattants. C’était le temps de Salut les copains, des vespas et des mobylettes bleues.
Des juke box dans les bistrots, des premiers disques de Chuck, Elvis ou Gene que l’on allait acheter à Tournai, des postes à transistors qu’on cachait dans nos sacs de classe avec le fil de l’écouteur qui remontait par la manche jusqu’à l’oreille pour ne pas rater le dernier Buddy Holly. On était Mods ou Rockeurs pour imiter les anglais. On avait des pantalons patte d’eph, des blousons en cuir rouge comme James Dean achetés au stock américain de la rue des Tanneurs. On allait voir et revoir le film Terrain vague ou Graine de violence. Je me souviens qu’en 1962 Dick et les Chats sauvages étaiaient venus donner un concert au Cinéac de la rue Faidherbe. J’étais aux beaux Arts, on avait séché les cours pour venir les écouter. A la sortie, leur manager les attendait dans une immense Cadillac rose bonbon, symbole des rockeurs qui avaient réussi. A l’époque, à part Johnny, Eddy et les Chaussettes noires et Dick et les chats sauvages, il n’y avait pas grand chose coté rock français. Faut dire qu’à l’époque, avec trois accords, un Mi majeur, un La majeur et un Si 7, on devenait très vite une star. C’était le temps des samedis après midi autour du juke box en buvant des chocolats chauds ou des diabolos grenadine.

Cette année là, on avait twisté à Saint Tropez tout le temps d’un été, même si on était à la buvette du petit golf de Quend Plage les pins. On avait essayé de flirter sur Retiens la nuit, et on s’était quitté à la fin des vacances en pleurant en entendant siffler le train. Septembre est revenu et la reprise des cours, une autre vie, un autre temps…